Aller au contenu
CyxxNapses
Techno

Datacenters : Bruxelles veut deux notes de A à G, sur l'énergie et sur l'eau

La Commission européenne propose de noter de A à G les centres de données de plus de 500 kW, sur l'électricité d'un côté, sur l'eau de l'autre. Le dispositif repose sur des déclarations que 36 % seulement des installations assujetties ont transmises, et dont 70,1 % sont jugées fiables. Les associations du secteur redoutent un barème unique, qui pénaliserait les pays du sud et alourdirait la charge des exploitants européens.

Par · Publié le

Datacenter de ARSAT Datacenter de ARSAT Datacenter de ARSAT Datacenter de ARSAT
Crédit : "Datacenter de ARSAT" by IMarcoHerrera is licensed under CC BY-SA 4.0. To view a copy of this license, visit https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/.· Licence : by-sa· Origine

La Commission européenne propose d'attribuer aux centres de données deux notes distinctes plutôt qu'une seule, chacune graduée de A à G. L'une porterait sur l'électricité et son indicateur d'efficacité, le PUE, l'autre sur l'eau et le WUE. Le projet a été soumis à la profession lors du sommet des associations européennes du secteur, à Zagreb. Les deux lectures s'accordent sur le périmètre : seules les installations dépassant 500 kW de puissance seraient notées.

L'argument avancé tient d'abord à un ordre de grandeur : portée par l'intelligence artificielle, la consommation électrique des installations européennes pourrait atteindre 114 TWh en 2030. L'objet déclaré du barème est de garantir la transparence sur l'usage effectif des ressources, énergie et eau. Ces consommations, les exploitants doivent en théorie déjà les déclarer à la Commission ou à leur autorité nationale — en France le ministère de la Transition écologique, l'Arcep alimentant pour sa part son observatoire du numérique soutenable. Pour le délégué général de France Datacenter, Michaël Reffay, la transparence est ce qui rend cette activité socialement acceptable, et c'est à ce titre que la mesure est bien reçue.

Un tiers du parc déclare ce que la règle lui demande déjà

En pratique, les comptes n'y sont pas. Sur la première période de déclaration, ouverte de mai à septembre 2024, 770 installations ont transmis leurs chiffres, soit environ 36 % de celles que la Commission estime assujetties. Rien de ce qui s'est dit à Zagreb ne conteste pourtant le principe de cette remontée : ce que la profession discute, c'est la forme que prendra sa publication. Six pays de l'Union n'ont déclaré aucun site, cinq n'en signalent qu'un ou deux. Le détail par pays est sans appel : l'Allemagne, qui devrait en compter plus de 450, en déclare un peu moins de 350, la France, attendue au-delà de 250, reste sous 150, et l'Espagne n'atteint pas la cinquantaine. Le représentant néerlandais du secteur voit pourtant dans cette exposition le moyen de sortir de l'image de boîte noire que le public prête à ces installations. Des données préliminaires portant sur 30 % d'installations supplémentaires sont depuis parvenues à Bruxelles. La Commission presse désormais les États d'appliquer pleinement l'article 12 de la directive sur l'efficacité énergétique. Deux responsables d'associations nationales, l'Italien Stefano Mozzato et l'Irlandais Ronan Kelly, opposent de leur côté l'adage selon lequel on n'améliore que ce que l'on mesure.

Fiable ne veut pas dire exact

La qualité de ce qui remonte fait l'objet d'un second constat, moins commenté et plus embarrassant. L'évaluation menée par la Commission conclut que 70,1 % des déclarations sont jugées fiables, au sens où tous les indicateurs demandés y sont renseignés de façon cohérente. Les mêmes associations rappellent que les étiquettes de l'électroménager ont demandé plusieurs générations d'ajustements avant de tirer l'innovation vers le haut. L'étiquette énergétique des smartphones, où des fabricants ont annoncé 48 ans de mises à jour ou 20 minutes d'autonomie, donne la mesure de ce que vaut une déclaration non vérifiée. Fiable, dans ce vocabulaire, ne signifie donc pas exact. Aucune des voix entendues au sommet ne réclame d'ailleurs l'abandon du barème : c'est son calibrage qui est en cause.

Un barème unique pour des climats qui ne le sont pas

La principale réserve du secteur porte sur l'uniformité de l'échelle. Or la notation proposée s'applique à tout le parc dès lors qu'il franchit le seuil de puissance. Refroidir une salle au Portugal ou en Italie demande structurellement plus d'énergie qu'en Suède ou en Finlande. Faute d'ajustement géographique, avertissent les associations, le classement surnoterait les pays nordiques et pénaliserait ceux du sud, sans rien dire de la qualité de conception des sites.

Décrochage industriel et secret d'affaires

La Commission, elle, n'en est qu'à la consultation : les critères minimums qu'elle envisage ne prendront la forme d'une proposition qu'en 2027. La seconde réserve du secteur est de compétitivité. L'Europe ne pèse qu'un quart du marché mondial des centres de données, quand les États-Unis en tiennent 45 % et l'Asie 35 %. Le dispositif proposé est un système commun de notation, identique d'un État membre à l'autre. Michaël Reffay demande que le dispositif ne devienne pas une charge excessive au regard de ce qui s'applique aux États-Unis et en Chine. L'industrie pose enfin une limite : elle accepte de publier ses ratios d'efficacité, mais Ronan Kelly rappelle que le secret a toujours entouré ces installations, pour des motifs tenant à la sécurité des lieux comme à celle des systèmes. Sur ce point, la Commission s'en tient pour l'instant à réclamer aux États l'application de l'obligation déclarative existante. Transmettre des données environnementales ne devrait donc contraindre personne, selon lui, à exposer un secret d'affaires, une propriété intellectuelle ou la sécurité d'un site.

Ce que la note ne mesurera pas

Les deux notes ne porteront de toute façon que sur deux grandeurs, l'énergie et l'eau. Face aux organisations non gouvernementales qui réclament des plafonds de consommation, le secteur objecte que la sobriété est déjà une contrainte économique. La vice-présidente de l'association suédoise du secteur, Isabel Kemlin, rappelle que l'électricité est le premier poste de coût d'un centre de données. La Commission, de son côté, ne dispose à ce jour que des déclarations d'un peu plus d'un tiers du parc. Seuls 10 à 20 % du courant servent à faire tourner l'infrastructure elle-même, refroidissement et éclairage compris, le reste allant aux serveurs qui traitent les données des clients. Sur vingt-cinq ans, ajoute-t-elle, les capacités de calcul ont doublé sans que la courbe de consommation suive au même rythme, grâce aux progrès des fondeurs et des équipementiers. Reste qu'un classement public suppose un taux de réponse et une qualité de données que les déclarations n'atteignent pas encore.

Sources

Cet article synthétise les publications suivantes :

Rédigé avec l'assistance d'une IA à partir des sources citées, relu et approuvé par un humain. Notre méthode